Les familles de corsaires

familles

L'absence d'un mari ou d'un père de famille peut parfois causer des difficultés importantes. Si l'absence est de courte durée, les provisions peuvent suffire à nourrir la famille. En revanche, si l'absence se prolonge, on appliquera certaines mesures comme celle en cas de décès d'un marin parti en course.

Les contrats signés entre les divers intéressés dans une entreprise corsaire mettent en lumière ces clauses compensatoires. C'est le cas en ce qui concerne « Le règlement entre les armateurs du brigantin le Joybert » signé à Québec en 1704. On y prévoit que :

« La part de ceux qui mourront de maladie ou qui seront tués dans le combat ou par accident de quelque manière que la mort leur advienne pendant tout le voyage de cette entreprise soit dès le commencement ou à la fin sera conservée et délivrée à leurs héritiers comme s'ils avaient vécu durant toute la dite entreprise. »

Pierre-Georges Roy, Un corsaire canadien, Jean Léger de la Grange, Lévis, 1918, pages 15 et 16.

Deladurantaye


La Dame de la Durantaye

Seule et enceinte de son sixième enfant, son mari étant parti en « flibuste », la dame de la Durantaye demande, en 1707, une compensation à l'Intendant de la colonie.

M. Jacques Raudot, l'Intendant, émet donc une ordonnance qui commande au propriétaire du moulin seigneurial de livrer à la dame trois minots de blé tous les mois. C'est une maigre compensation pour une femme sans revenu, mais cela indique néanmoins la présence d'une forme de protection sociale pour les proches de corsaires.

familles

Une famille abandonnée

Jean La Fosse est un personnage à la discipline élastique. Pêcheur, corsaire, même pirate, gardien d'un petit fort armé près de Plaisance sur l'Île de Terre-Neuve. Il s'attire souvent les foudres du gouverneur de l'endroit en partant en course sans sa permission. Il lui arrive même de partir sans commission en course et en délaissant son fort... et sa famille!

Dans une lettre au ministre Maurepas en 1711, le Gouverneur de Plaisance se fait le défenseur de la famille de La Fosse et s'inquiète de son sort en l'absence du corsaire.

« Sa femme est restée dans ses maisons avec sa famille tout coupable qu'il est s'il revient chez lui; je le punirai sur les lieux suivant le cas [...] Sa femme et ses enfants doivent aussi beaucoup de part à l'indulgence qu'on peut avoir à une semblable conduite. [...] »

ANC, MG1 Série C11C, 24/10/1711.

enfants

Les enfants d'un corsaire

En 1703, alors que le capitaine corsaire Jean Léger de la Grange est parti en expédition, sa femme, Louise Fauvel décède et le marchand Guillaume Gaillard devient le tuteur de leurs enfants. Gaillard se retrouve de plus obligé de veiller sur les biens du sieur de la Grange, car ses enfants étant d'âge mineur ils ne peuvent gérer les avoirs de leur père.

Dès lors, la fille du corsaire Jean Léger de la Grange, Geneviève de la Grange de Saint-Louis, alors âgée de 10 ans, habite fort probablement la maison de Gaillard au pied de la côte de la Montagne. Elle deviendra plus tard mère supérieure des Ursulines de Québec.