Les interrogatoires
À la fin d'une course, les officiers de l'Amirauté s'assurent que le capitaine corsaire et certains membres de l'équipage soient interrogés. Lorsqu'il y a des prisonniers, ils sont également interrogés.
... on cherche à savoir si le contrat de course a été respecté et de quelle façon la prise a été faite.Dans le cas de l'équipage corsaire, on cherche à savoir si le contrat de course a été respecté et de quelle façon la prise a été faite. On vérifie si tous les membres de l'équipage interrogés ont la même version des événements, ce qui permet de savoir si des oublis, volontaires ou non, se sont glissés dans le récit de chacun.
Un cas d'espionnage
L'interrogatoire des prisonniers peut s'apparenter à une forme d'espionnage. En effet, lorsqu'un corsaire revient à son port d'attache avec des prisonniers, les autorités vont habituellement procéder à leur interrogatoire. Ils souhaitent de la sorte en apprendre plus sur leurs activités, leur mission et, éventuellement, sur les mouvements des ennemis.
Parfois, on fait appel à l'interrogatoire devant huissier pour que celui-ci note toutes les informations d'un messager ou d'un véritable espion.
Par exemple, pendant la Guerre d'Indépendance américaine, les Anglais ont des espions du côté américain qui leur rapportent les mouvements des corsaires américains.
En 1780, on apprend de cette manière que le célèbre corsaire américain John Paul Jones, fondateur de la Marine des États-Unis, navigue sur le Fleuve Saint-Laurent. Voici ce que rapporte l'espion M. Peters :
« [...] Washington sera sur le Lac Champlain le 6 juillet
Paul Jones est sur le Saint-Laurent à bord d'une frégate de 36 canons de 9 12 et 18 livres, avec en plus 10 autres navires corsaires, dont l'un avec canons de 22 livres »
Bibliothèque de l'Université Laval, Haldimand 92, 30/06/1780
La déclaration de bonne prise
L'interrogatoire que l'on fait subir au capitaine corsaire, ainsi qu'à son équipage et à leurs prisonniers, est une étape obligatoire afin que leur prise soit déclarée légitime, donc de " bonne prise ". Cette étape est nécessaire pour rendre la vente légale.
Au cours de l'interrogatoire, on pose des questions pour comprendre le déroulement de la course. Un officier demande d'abord aux capitaines et à l'équipage de donner leurs noms, âges et professions. Ensuite, ils expliquent en détail le déroulement de la course et de la prise. Puis, quand tous les interrogatoires sont terminés et que les faits concordent, l'officier de l'Amirauté peut autoriser la vente du butin, si les règles de la course ont été respectées.
Par exemple, ce procureur du roi en 1713 :
« Le procureur du roi de la Prévôté et Amirauté de Québec qui a vu la déclaration de Jacques François Morin dit Bonsecours faite au greffe de la dite Amirauté, de la prise de deux sloops qu'il a faite sur les ennemis de l'État, du 16e juin mil sept cent treize, [.] l'interrogatoire des dits Morin, et Denault, [.] conclut à ce que les dits sloops soient déclarés de bonne prise, ce faisant, qu'il soit incessamment procédé à la vente des dits deux bâtiments. »
ANQ-Q, TL5 D 482 D, 30/06/1713




